Les 10èmes Rencontres du Management Public Territorial se sont tenues à NICE le 27 janvier. Elles sont organisées chaque année par l’IAE de Nice,  plus précisément David HURON en charge du Master de Management Public, en collaboration avec le Centre de Gestion des Alpes Maritimes, grâce à l’implication particulière d’un ancien du Cycle Supérieur de Management, Patrick DEMANGE, fidèle adhérent de l’Adt-INET !

Depuis quelques années notre association est associée à cette Rencontre, car elle s’inscrit dans l’une de nos priorité associative, qui est de faire se rencontrer et de croiser les regards entre praticiens territoriaux et chercheurs universitaires, sous le regard bienveillant d’élus locaux qui accompagnent ces démarches.

Cette édition 2017 était donc placée sous le signe d’un anniversaire, puisque c’était la 10ème édition, l’occasion pour les organisateurs d’inviter de nouveau Jérôme DUPUIS, Directeur de l’IAE de Lillle, qui a accompagné de nombreuses promotions du CSM et qui était déjà présent à la première édition en 2007.

Cette édition était également placée sous le signe de la rencontre des univers public et privé, avec un partenariat nouveau, celui de l’EDHEC, qui propose un Cycle Supérieur de Management, composé pour partie de cadres territoriaux, issus pour la plupart de la Métropole de NICE. Voyons ce dispositif comme une complémentarité de celui de l’INET, avec cette particularité de faire se rencontrer des cadres privés et publics.

Que retenir de cette 10ème édition particulièrement riche ?

Son thème d’abord : « Gouvernance : un nouveau paradigme à trouver ? »

Pierre-Paul LEONELLI, Adjoint au Maire de Nice, Vice-président de la Métropole et conseiller régional, rappelle en ouverture son attachement aux valeurs de la fonction publique territoriale, garante des valeurs de la République, tout en reconnaissant la nécessité d’adaptations pour faire évoluer notre statut, au même rythme que celui de la société, avec notamment l’émergence du fait métropolitain, mais également l’exigence liée aux nouveaux besoins de la population et la nécessité d’inventer de nouveaux modes de management au sein des collectivités territoriales, un enjeu de ces Rencontres.

David HURON prend ensuite la parole pour un rapide rappel des thématiques des Rencontres précédentes, qui ont eu pour objectifs d’explorer des sujets très variés, tels que le pilotage des organisations, la question des ressources humaines et d’autres encore, tout en indiquant que le management public est sans doute à un moment de grande transformation.

Il fait cette distinction entre Gouvernance et Gouvernement, le premier s’enrichissant de la participation de la société civile, sujet éminemment d’actualité avec l’émergence des mouvements citoyens et d’une revendication pour une plus grande implication des citoyens et des parties prenantes à la décision publique.

Autre intervention, celle de Jean-Charles MANRIQUE, DGAS de la Région PACA, mais également Président de l’association des DGS des grandes collectivité, membre de l’Entente des Territoriaux.

Ce dernier confirme que les collectivités territoriales et notamment les plus importantes en terme de territoire d’intervention, sont confrontées dans leur gouvernance à la fois aux règles explicites, celles contenues par exemple dans les réformes institutionnelles, mais également à tout un champs de règles beaucoup plus floues, en lien avec les jeux d’acteurs.

Pour ce dirigeant d’une grande collectivité, les enjeux de la gouvernance des grandes structures se situent à plusieurs niveaux :

– La prise en compte de nouveaux besoins des citoyens en lien avec la digitalisation et le rôle des nouveaux partenaires, que sont les entreprises d’une territoire

L’articulation entre les réseaux émergents de la société civile, et l’apparition de nouvelles communautés  et les réponses proposées par les pouvoirs publics, pour tenir compte de cette situation

La prise en compte de la multiplication de textes institutionnels volontairement flous, qui complexifient la gouvernance, qui voit se développer la culture de la concertation et un nouveau métier de dirigeant territorial qui devient tour à tour « schématologue » ou « commitologue », clin d’œil au foisonnement des commissions et autres lieux de débats au sein des grandes collectivités territoriales.

Jean-Charles MANRIQUE aborde également la question du métier de dirigeant territorial, qu’il analyse comme devant devenir de plus en plus politique, avec notamment l’entrée en vigueur du non cumul des mandats, qui va conduire à une plus forte professionnalisation des élus locaux et au risque de voir revenir le dirigeant territorial dans un rôle plutôt de Secrétaire Général. La solution est donc de faire du dirigeant territorial un interface entre le politique et l’administration dans une relation de co-développement entre les élus et les cadres dirigeants.

Place ensuite à l’intervention très attendue de Jérôme DUPUIS qui est là en terrain bien connu, puisqu’il accompagne ces Rencontres depuis longtemps et que le sujet de la gouvernance et du management territorial constitue son terrain de recherche depuis de nombreuses années. Son intervention renvoie à un article qu’il a rédigé pour la Revue Française de Gestion, disponible sur les site du Cairn et qui s’intitule : « le cadre dirigeant public, entre logique de gestion et logique managériale ».

Il rappelle entre autres, les différentes formes du management public et de la tendance « à la managérialisation douce » (Courpasson 2000) des collectivités territoriales.

Il identifie une tension entre gestion et management, qui conduit à une stratégie de défense managériale, voire à une stratégie de désengagement ; de tensions entre gestion de la performance et management des projets de territoire, qui conduit à une stratégie de développement des initiatives et des innovations.

Il plaide pour l’introduction de la stratégie dans les instances qui font de la tactique et regrette que les contenus des formations tendent à séparer le management stratégique du management opérationnel, les 2 étant intimement liés et devant tour à tour être mis en œuvre en fonction des circonstances.

La dernière intervention, sans doute la plus inattendue dans un événement autour du management public mais aussi la plus passionnante, fut celle de l’intervention du Dirigeant de l’entreprise ILEX, Jean-Claude GEORGES, à la tête d’une entreprise familiale de maintenance d’ascenseurs, actuellement implantée dans le sud est, et qui connaît une très forte croissance.

Bien que ne s’inscrivant pas dans le mouvement des Entreprises libérées, auquel il ne se réfère pas du tout, force est de constater que les termes qu’il emploie pour caractériser son mode de management rappellent ceux utilisés par les promoteurs de ces nouveaux modèles de gouvernance.

Pour Jean-Claude GEORGES, le chef d’entreprise intervient sur les consciences des personnes avec lesquelles il travaille, il est donc de sa responsabilité de faire très attention à ce qu’il fait, il doit respecter profondément les personnes et afficher une grande humilité, en commençant par d’abord se manager lui-même.

Par des références permanentes aux discours des philosophes, il rappelle que les finalités de l’entreprise ne reposent pas sur l’argent, qui n’est qu’un moyen, que l’expression de la motivation est d’abord intrinsèque ; ainsi, dans son entreprise, les commerciaux ne perçoivent pas de primes variables en fonction du chiffre d’affaires qu’ils réalisent ! l’entreprise doit répondre aux besoins de motivation intrinsèques de individus : apprendre un métier, progresser et devenir un individu à part entière, à être lui-même, ce qui implique de ne pas entraver sa liberté.

Empreint d’un discours d’une grande humilité, mais aussi de beaucoup d’émotion, il cite Aristote et les 4 vertus cardinales, auxquelles il se réfère, en les revisitant :

– Savoir bien juger, pour décider de là où on veut aller

– Avoir du courage, c’est-à-dire aller là où on veut aller, mais pas à n’importe quel prix

– avoir de la tempérance : juste milieu, tout en profitant de la vie

– Ne pas se laisser diriger par ses émotions et utiliser ses 5 sens.

Dans son entreprise, les salaires ne dépendent pas du résultat financier, les salariés sont inviter à développer leur conscience, pour être en mesure de s’opposer, s’il le faut et quand il recrute un nouveau collaborateur, il pose cette question « qu’est-ce que vous avez fait pour les autres », le don est une force qu’il développe au sein de l’entreprise;

Pour ce chef d’entreprise qui n’a pas besoin des recettes managériales, « le rôle du management c’est de rendre les gens libres et autonomes », en développant leur courage et la confiance, autre qualité essentielle pour intégrer ses équipes.

A noter que cette intervention très appréciée, s’inscrivait dans le cadre d’une restitution d’une enquête effectuée par les étudiants du CSM de l’EDHEC, intitulée « innovation managériales et gouvernance » menée auprès d’une vingtaine d’entreprises de la Région, l’occasion de remarquer le renouveau des formes de management dans un grand nombre d’entreprises et de remercier le Directeur de l’EDHEC de NICE, Stephan CRISAN à l’origine de la création de ce cycle professionnel.

Ce fut un moment très riche de partages et d’échanges et les regards croisés avec le secteur privé nous renforcent dans nos convictions sur les bouleversements en cours dans les pratiques managériales, qui touchent toutes les structures, c’est plutôt rassurant et cela conforte notre intérêt pour l’innovation managériale dans les collectivités territoriales !

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