Cela peut paraître un brin provocant d’organiser toute une journée de rencontres de DRH de collectivités territoriales, autour de « l’optimisme », tant le contexte actuel de nos organisations ne nous invite pas spontanément à cette disposition mentale.

C’est pourtant le parti pris des organisateurs de cette journée, qui s’est déroulée à la Délégation Régionale du CNFPT à LILLE le 06 novembre, dans une ambiance printanière, LILLE ayant battu ce jour-là un record de douceur pour un début novembre!

La journée était organisée en deux temps : une matinée consacrée à des échanges, à la fois conceptuels et de retours de praticiens territoriaux et l’après-midi consacré à des ateliers en groupe, précédés pour celles et ceux qui le souhaitaient et ils était nombreux, d’une séance de pratique de méditation de pleine conscience dispensée par une psychologue de la Ville de LILLE.

Dès le début de la matinée le cadre fut posé de la relation entre optimisme et management, grâce à l’intervention à deux voix d’Isabelle BARTH ,  Directrice Générale de l’INSEEC Business School et de  Yann-Hervé MARTIN, agrégé de philosophe, tous deux auteurs de plusieurs ouvrages, « la manager et le philosophe » et « la comédie de la vie au travail ».

Isabelle BARTH commence par rappeler les différents sens du mot optimisme :c’est une doctrine philosophique, tout va bien dans le meilleur des monde, c’est aussi un trait de caractère, une manière de vivre, c’est l’optimisme de caractère à ne pas confondre avec l’optimisme de volonté, qui est la vertu, la force morale, c’est celui qui agit en croyant que sa disposition ne sera pas vaine, fondée plutôt sur le pouvoir d’agir des personnes.

C’est sur cette conception de l’optimisme qui pose comme principe, que chaque fois que nous agissons, que nous sommes centrés sur l’action, quelque chose grandit en nous et c’est en cela, que l’optimisme est appréhendée comme une compétence que le manager doit développer pour agir dans un monde complexe et incertain.

Mais cela ne signifie pas agir béatement ou en se voilant la face, il faut ajouter à l’optimisme, la lucidité, autrement c’est de l’inconscience !

Mais alors comment déployer l’optimisme au travail, dans un pays comme la France, qui à la fois attend tout du travail et arrive en queue de classement des pays optimistes !

Isabelle BARTH attire l’attention sur le paradigme de l’optimisme obligatoire, une vision de l’individu chef de sa petite entreprise, paradigme de la réussite individuelle, l’occasion pour l’intervenante de rappeler que le management c’est l’articulation des outils et des comportements, c’est emmener les personnes vers des projets qui ne sont pas toujours clairs, souvent imposés et antinomiques parfois d’une vision optimiste de l’avenir, conduisant souvent à la solitude du manager.

Elle propose une analyse des contraintes du manager, par une formule, celle du « triangle des Bermudes du manager », ce que j’aimerais faire, ce que l’entreprise attend que je fasse et ce qui se passe au quotidien, c’est l’articulation entre ces trois attentes qui fait la complexité du métier de manager.

Mais revenons à l’optimisme du point de vue du philosophe et au lien avec le réel, question posée par une auditrice de la salle et qu’il parait important de reprendre dans cette synthèse. Le réel, du point de vue de Yann-Herbé MARTIN, c’est ce qui change, qui ne demeure pas en l’état, le contexte réel est un contexte changeant, c’est aussi ce qui résiste à la représentation que l’on s’en fait (distinction entre l’enfant réel et l’enfant rêvé), c’est aussi du domaine de l’inattendu, de l’imprévisible.

Prendre sans naïveté la mesure du réel demande de l’humilité, de la souplesse, de la lucidité, d’écouter les ressentis, ce que nous ne faisons pas toujours en management, de prévoir des moments délibératifs.

Cette première table ronde s’est avérée très riche de part les apports conceptuels de deux conférenciers, mais également par les éclairages des praticiens qui sont venu confirmer que l’optimisme est bien une compétence du manager, pas seulement une posture, ou un état d’esprit, que c’est sans doute un moteur de l’action publique, dès lors que l’on manie tout cela avec lucidité et en acceptant de comprendre le réel.

La deuxième table ronde de la matinée nous a permis de changer de décor et de rentrer dans des exemples très concrets de mises en œuvre de nouvelles façons de faire, en mettant le travail et sa qualité au centre des outils pour améliorer la qualité de vie au travail.

Pour cela, les organisateurs ont invité à débattre deux enseignants chercheurs du CNAM, Antoine BONNEMAIN et Jean-Yves BONNEFOND, dont les apports sont basés sur les travaux d’Yves CLOT, qui ont mené deux expériences d’amélioration de la qualité de vie au travail, basées sur les diagnostics qualité du travail (DQT), l’une à l’usine RENAULT de Flins, en cours depuis 2012 et l’autre plus récente menée au sein de la Direction de la Propreté de la Ville de Lille.

L’intérêt remarquable de cette table ronde est d’avoir invité à venir témoigner, les référents Diagnostic Qualité du Travail, venus présenter l’expérience et surtout leur vécu, leurs doutes au départ du projet,  leur implication et les effets positifs qu’ils ont constatés sur l’amélioration de la qualité du travail et au finale d’une meilleure performance du service public rendu au citoyen, notamment dans un domaine aussi sensible que celui de la propreté. Ces référents, issus des métiers d’opérateurs ont acquis au fur et à mesure de leur investissement, de nouvelles compétences, qui leur permettent à leur tour de transmettre ce savoir et de venir ainsi témoigner devant plusieurs dizaines de cadres territoriaux!, un effet qu’ils n’avaient sans doute pas envisager lorsqu’ils ont accepté de s’impliquer dans cette expérimentation.

L’intervention des deux psychologues a permis de rappeler quelques grands principes de la santé au travail et de revenir sur ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, par exemple avec l’idée que la santé n’est pas l’absence de maladie, elle se situe en amont de la maladie ; ils sont également revenus sur les critères de la qualité du travail, sur l’importance de faire de la conflictualité de ces critères, une opportunité de dialogue entre les acteurs du travail.

Une table ronde qui ouvre de réelles perspectives pour les nombreux DRH présents, mais également pour les équipes de Direction Générale qui s’impliquent dans ces nouvelles approches, comme c’est le cas de Mathilde ICARD, DGA RH de la Ville qui animait cette table ronde et qui est revenue sur le rôle de la Direction Générale dans la réussite de cette expérience.

La journée s’est ensuite poursuivie par des ateliers en groupe et par une synthèse effectuée tambour battant par le fil rouge de la journée Catherine TESTA, entrepreneuse, cofondatrice du site « l’optimisme.com », qui a clôturé les débats en reprenant les dernières découvertes sur les vertus de l’optimisme et ce qu’il peut apporter à la performance de nos organisations.

Une journée très riche en apports conceptuels et en partages !

 

 

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