Au service de la transition des territoires avec une détermination redoublée: une conviction profonde de Bruno Paulmier et de l’équipe de l’ADT INET

Au moment où j’écris ces lignes, l’inquiétude, l’effroi et la tristesse continuent de nous submerger en tant que femmes et hommes, parents, citoyens… La situation internationale marquée par une guerre désastreuse en Europe nous alerte au point que notre champ habituel de réflexion est bouleversé. Le nationalisme, c’est la guerre.

Et ce ne sont pas les résultats de ce rendez-vous démocratique majeur qu’est l’élection présidentielle, bientôt suivie des élections législatives, qui sont venus nous rassurer. Notre corps social est profondément fracturé, beaucoup de citoyens ont exprimé leur désintérêt, leur colère, leur désespoir et ont même cédé, comme jamais auparavant, à la tentation du pire. Comment la capacité à gouverner démocratiquement notre pays pourra-t-elle sortir renforcée à l’issue de ces deux consultations ?

Sur le climat, le GIEC vient de livrer au monde le constat le plus alarmant de son histoire. Les spécialistes internationaux de la biodiversité eux aussi sont effarés de l’aggravation ou de l’accélération des tendances déjà observées. Si nous devions publier un bulletin de santé de notre humanité et de sa civilisation actuelle, on pourrait y lire que son « pronostic vital est engagé ». Et avec celui des humains, celui de nombreuses espèces animales et végétales vivantes aujourd’hui menacées ou en cours d’extinction.

Face à ces chaos, il faut toujours essayer de comprendre, pour vouloir et pouvoir agir ensemble.

Avec chaque guerre, nous perdons sur tous les tableaux : une guerre, ce sont des morts, des blessés et des destins brisés, des crimes délibérément commis contre les femmes et les enfants, des destructions matérielles qu’il faudra réparer, des profanations  symboliques irréparables, de graves atteintes aux libertés individuelles et collectives, de colossales consommations d’énergies fossiles avec leur traduction immédiate en gaz à effet de serre, des zones naturelles et des écosystèmes fragiles ravagés par les combats, minés, pollués… Ce sont ces si lents et laborieux progrès diplomatiques réduits à néant pour l’application des accords issus des « conferences of the parties », ces COP qui nécessitent une confiance multilatérale inédite. Ce sont aussi des économies précaires détruites avec leur lot de désolation pour les plus pauvres, provoquant l’aggravation des inégalités déjà criantes, des pénuries d’eau, de nourriture, les semences qui ne seront pas faites, les récoltes qui n’auront pas lieu, l’éducation des plus jeunes en péril… Et puis, sur le plan énergétique, ce sont des centrales à charbon que l’on pousse à plein régime pour compenser le boycott du gaz et du pétrole, et aussi des exploitations nouvelles extrêmement nocives de ressources fossiles de remplacement dont la fallacieuse rentabilité (faute de chiffrer le coût des pollutions) remonte dans les cotations financières de court terme, qui vont être relancées ou accélérées.

Chacune et chacun peut allonger cette liste. Que chacune et chacun se souvienne aussi que les guerres se produisent sans discontinuer sur de multiples terrains mondiaux et que celle-ci nous appelle à nous soucier aussi des autres conflits tout aussi catastrophiques mais plus lointains (Qui s’intéresse aux 377.000 morts au Yémen dans un pays de 30 millions d’habitants en guerre depuis 8 ans ?!).

Quel rapport avec l’action de l’ADT-INET ?

Précisément, c’est lorsque le quotidien nous submerge et que la fumée obscurcit notre vision, qu’il faut puiser dans la chance dont nous disposons ici de pouvoir imaginer demain. Au-delà de notre engagement citoyen personnel, en tant que cadres territoriaux français, nous avons nos propres responsabilités à assumer.

Dans l’immédiat, aux côtés des élus et en coopération avec les autorités de l’Etat, assurer la solidarité active en faveur des personnes impactées par la guerre là-bas et celles qui sont déplacées jusqu’ici.

Et puis concernant la vitale transition, considérer quelques enseignements. A portée systémique ?

Premier sujet : L’équation sanctions + pénuries + prix en hausse impose pour la première fois une réduction sans précédent de notre consommation d’énergie. Il faut pour y parvenir une chaine vertueuse d’actions collectives et individuelles : baisser les températures ou couper les chauffages non indispensables, éteindre les candélabres, mettre en œuvre les dispositifs alternatifs dans l’industrie et les services, renoncer à des déplacements inutiles, adopter les transports en commun ou les mobilités décarbonées, prendre des mesures de sobriété tous azimuts, rechercher comment favoriser le recours aux énergies renouvelables. Devoir faire des efforts, ce n’est pas une catastrophe. La catastrophe, ce sont les gaz à effet de serre issus des énergies fossiles qui étouffent la planète.

Deuxième sujet : Agir local pour agir mondial. La France a sa part de responsabilité dans les désastres climatiques. Emissions directes, émissions indirectes au travers de nos importations. Ici dans nos territoires, nous avons des leviers d’actions, servons-nous en vraiment sans renâcler. Les « contraintes environnementales » ne sont rien d’autre que les derniers garde-corps de l’aménagement de notre territoire. Ou nos bouées de sauvetage. Au travail auprès des élus !

Troisième sujet : Agir pour la transition, c’est agir en faveur des plus vulnérables, ici et dans le monde. L’explosion des désordres écologiques et l’explosion des inégalités sont étroitement liées depuis ces 50 dernières années. Etre solidaire aujourd’hui, c’est être convaincu que les plus vulnérables sont en première ligne des chaos. Ils ne sont pas les bénéficiaires de l’emballement d’une économie de la destruction et ils n’en sont pas non plus responsables. A nous, aux côtés des élus et en mobilisant concrètement les parties prenantes de nos territoires, de favoriser ou d’inventer de nouveaux modèles de développement à l’échelle locale et surtout de les mettre en pratique.

Quatrième sujet : Pour agir, il faut avoir appris et apprendre toujours. La formation professionnelle initiale et surtout continue des cadres territoriaux et de tous les agents de la fonction publique territoriale reste un chantier majeur. Non pas qu’elle ait été lacunaire ou délaissée. Mais les perspectives ont radicalement changé. Nos politiques publiques doivent être revues, le regard que nous portons sur nos missions, nos pratiques professionnelles, nos organisations internes, nos coopérations territoriales, les rapports que nous entretenons avec l’ensemble des acteurs de la société civile, tout doit être interrogé et transformé. Il faut accélérer le changement. Pas étonnant que ce soit la vocation et le ciment de notre association.

Graves, tristes et sérieux à l’ADT-INET ? Certainement pas. Ici l’ambiance est excellente. Notre amour de la vie et de nos métiers territoriaux nous anime. Chacun trouve une réponse à son désir d’agir et des occasions de créer, de s’enrichir et de coopérer à l’intérieur de l’association et avec nos multiples partenaires.

2022, année noire, qui justifie bien que nous redoublions de détermination et d’activité.

 lisez le manifeste de l’ADT-INET : « Anthropocène et pouvoir d’agir des dirigeants territoriaux ».ICI

 

 

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