Éléments de mise en récit du Symposium LAREQUOI/Adt-INET  du 29 janvier 2026 : un shot d’énergie pour renforcer nos « défenses immunitaires » écologiques, sociales et démocratiques !

Le sous-titre de cet événement aurait peu être: Le manager de la bifurcation, « ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord » !

Nous étions plus d’une centaine, cadres dirigeants de collectivités territoriales et étudiants du Master Management des Organisations, réunis dans les locaux de la MNT pour participer au Symposium, organisé en partenariat entre l’Adt-INET et le LAREQUOI de l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines, le 6ème déjà, puisque comme l’a rappelé en introduction de la journée Annie BARTOLI, Professeur des Universités et Directrice de l’Institut Supérieur de Management (ISM-IAE), le partenariat entre notre association et le LAREQUOI remonte à janvier 2013, pour une 1ère édition qui s’intéressait à la « place du manager dans la coopétition des territoires ».

Treize ans plus tard, nous continuons à cheminer ensembles et à explorer le vaste monde du management public territorial en croisant les regards de la recherche universitaire et des praticiens territoriaux.

L’édition 2026 avait pour thématique « Le manager public territorial, acteur engagé de la bifurcation écologique, économique et sociale ? », un sujet d’une grande actualité et pour en parler, et débattre près d’une vingtaine d’intervenants se sont succédé au cours de 3 tables rondes.

Un grand merci aux partenaires historiques de cet événement, la MNT qui nous a accueillis dans ses bureaux, Jean-Marc JOUSSEN, Directeur des Affaires Institutionnelles de la MNT, a tenu à rappeler le rôle de la mutuelle au service des agents territoriaux.

Merci également au CNFPT et à son Directeur Général Belkacem MEHADDI, présent à l’ouverture de ce Symposium pour rappeler le rôle de l’établissement dans l’accompagnement de la transition écologique, au total l’offre de formation sur cette thématique représente plus de 600 stages, organisés sous des formats différents, afin d’être au plus près des besoins des collectivités.

Avant d’entrer dans la restitution des ateliers, un grand merci à Hugues PERINEL qui a animé la journée, avec le talent et le professionnalisme que nous lui connaissons toutes et tous, en introduisant les débats avec une métaphore, celle du marcheur et cette question : « qu’est-ce que s’orienter ? » C’est fixer l’horizon, que l’on n’atteindra jamais, c’est aussi disposer d’une bonne cartographie, pour se situer, c’est aussi « prendre congé d’une partie de soi », une posture bien appropriée pour se mettre en bonne condition mentale et physique !

Commençons le récit de cette journée par le portrait-robot du manager de la bifurcation, dressé par Florence BACO-AMBRASS et Hervé GOUX, à partir d’une restitution d’une journée de réflexion organisée par l’Adt-INET au début du mois de juillet 2025 sur cette thématique. Il ressort de ce petit jeu de rôle fort sympathique et très sérieux, plusieurs rôles et responsabilités du manager : sur sa posture d’abord, un devoir d’éclairage, un rôle d’organisation, d’inspiration et de pilotage, un rôle stratégique et technique dans la mise en œuvre, en faisant en sorte que les documents de planification résultent d’une réflexion, un rôle d’impulsion, d’organisateur et de garant de la qualité de la décision ; Sur les aptitudes et les capacités : anticiper et faire prendre conscience, ce qui amènera des résistances d’où l’importance du recours à la science et la revendication du pouvoir d’instruction. En corollaire, consolider l’aide à la décision avec l’apport de connaissances externes (recherche), le problème étant celui des temps courts, savoir partir du principe que les gens ont des idées, agir avec bienveillance et permettre un espace de doute, de questionnements, donc développer de l’empathie, écouter l’autre, trouver des compromis,  savoir aborder un sujet sous l’angle de l’utilisation sobre des ressources pour que cela soit accepté et ensuite rechercher des convergences, utiliser une capacité de discernement pour chercher à convaincre ceux qui ne le sont pas, savoir mettre en récit ; d’où des aptitudes : d’intelligence émotionnelle : être à l’écoute pour capter les messages des acteurs du territoire, d’intelligence relationnelle : créer du lien, mettre de l’huile dans les rouages, pouvoir s’adresser à tous les acteurs : être polyglotte (parler la langue de chacune des parties prenantes pour les comprendre) et traducteur (pour transmettre les messages clairement, de façon intelligible et impactante). Au final, le cadre territorial doit :

  • Être formé, engagé
  • Avoir du courage car il va de fait bousculer
  • Savoir rassurer, assurer la cohérence sur la durée, la transmission
  • Garder la mémoire de qui a été fait, gérer et garder l’énergie sur du temps long.

Le dialogue se poursuit sur une autre question : comment le manager accompagne la décision politique pour organiser la bifurcation écologique ?

Dans ce rapport à l’élu :

  • le manager est un éveilleur de conscience (quel choix de société derrière sa décision ?) : il éclaire en ce sens la conscience politique : il doit à la fois laisser la place à l’élu dans la décision et l’éclairer en la matière. Notion de neutralité active.
  • Le manager doit les A cet égard, il peut aussi les former afin que les politiques publiques contribuent à remplir les engagements de la France en faisant le lien avec tout le corpus juridique (Accord de Paris…)
  • Le manager doit les accompagner : influenceur

En fait, le manager se positionne comme le garant de la qualité de la décision sous le prisme de la bifurcation. Dans le rapport au territoire at aux parties prenantes, Le manager a un rôle d’ensemblier des acteurs internes et externes.

Voici une belle entrée en matière pour une 1ère table ronde qui avait pour thématique : Vulnérabilités, insoutenabilités, transformations : des élus et des cadres dirigeants face à de nouvelles responsabilités ?

Pour débattre de ce sujet et partager des outils opérationnels à destination des équipes de Direction Générale et de leurs élus :

Aurélia HEURTEUX, Maître de Conférence à l’Université de REIMS qui étudie depuis 2012 les outils de prospective utilisés dans de grandes agglomérations pour mettre en programme et en actions concrètes la bifurcation écologique. Parmi ces outils, elle a choisi de présenter le DONUT déployé notamment à la Ville de GRENOBLE. Le détail de cette expérience est disponible sur le site internet de la commune ICI

Christophe LEIKINE, Directeur Collectivités et Territoires de France et Villes et Territoires Durables qui a proposé une méthodologie d’accompagnement, dont je retiens quelques conseils : commencer par rassembler à l’échelle de son territoire, toutes les données à jour, socio-économiques, démographiques, les enjeux de ressources et identifier les nouveaux risques ; établir un diagnostic à partir de ces données, en proposer une exégèse pour guider l’action et enfin s’attacher à produire des questionnements sur l’ensemble des projets à mener. « Fixer un nouveau cap, ça sert à orienter les actions ».

A retenir également de l’intervention de Christophe LEIKINE, 3 questionnements qui marquent selon lui une révolution culturelle à partir de la sémantique autour des mots de « transition », « bifurcation » : Quel imaginaire par rapport au développement durable ? Pour quitter l’idée d’un développement infini, dans un monde dont les ressources sont limitées ; la question de l’altérité, l’Homme n’est plus considéré comme étant au-dessus de la nature, il est « lié à la matière », cela pose la question du rapport au vivant ; dans son 3ème questionnement, il invite à inverser les priorités en matière d’aménagement, en commençant par repartir par exemple du chemin naturel de l’eau, pour ensuite mener une réflexion sur les aménagement et non l’inverse, comme c’est le cas encore aujourd’hui. Il ajoute enfin, que dans ce nouveau rôle à trouver pour les managers territoriaux, il faut également s’appuyer sur les agents, qui sont légitimes à agir sur ces sujets, mais il faut aussi reconnaître ses vulnérabilités, les définir et ensuite faire son plan d’adaptation.

Troisième intervention dans cette première table ronde, celle de Benoît LAIGNEL, Haut fonctionnaire Développement Durable du Ministère de l’Enseignement supérieur de la recherche et de l’espace, Délégué français au GIEC/IPCC et Professeur des Universités en géosciences et Environnement, la caution scientifique de cette table ronde ! Son intervention a permis de nous éclairer sur le rôle des GIEC régionaux, à travers l’expérience de celui de Rouen qu’il préside, et leur rôle d’articulation des stratégies nationales des COP, avec les spécificités de chaque territoire, afin de les décliner localement. Il a notamment insisté sur la nécessité de parler de sécurité pour ancrer les actions sur la bifurcation écologique, dans des modes de vie, des paysages et ensuite des investissements, une façon là-aussi de donner un cap, créer du sens pour la population. Il a également souligné le fait que la bifurcation va passer par des renoncements, en s’appuyant pour cela sur les travaux d’Alexandre MONNIN et de l’expérience menée par la Métropole de Caen, qui a fait le choix de renoncer à l’aménagement d’une ZAC, considéré comme inadaptée aux enjeux de transition écologique. Cela implique de « se mettre autour de la table », à travers l’organisation d’ateliers, pour interroger les impacts d’un projet sur tous les aspects. Cette expérience de renoncement a fait l’objet d’un article publié sur le site de la Caisse des dépôts, disponible ICI, intitulé: « Renoncer pour diriger, le cas de la Presqu’Ile de Caen, rédigé par Alexandre MONNIN

La 2ème table ronde s’est intéressée au nouveau rôle du manager pour rendre compte de la bifurcation? Avec le regard croisé de deux expert et experte du sujet :

France BURGY, qui fut jusque récemment Directrice Générale du CNFPT et dont le regard aiguisé et distancié sur le fonctionnement de nos collectivités territoriales, de ses près de 2 millions d’agents territoriaux, mais aussi ses connaissances scientifiques sur le vivant, est une nourriture de très haute gastronomie pour les cadres dirigeants présents, mais aussi pour les étudiants, dont on l’espère certaines et certaines embrasseront les carrières de la FPT.

France BURGY a rebondi sur la métaphore du marcheur, pour s’appuyer sur un outil essentiel pour s’orienter, celui de la boussole, celle que l’on a peut-être perdu depuis la crise de la COVID, qui a conduit à une adaptation permanente, le cadre dirigeant, mais aussi tous les agents publics étant sommés de s’adapter à travers des cycles politiques et médiatiques et dans des logiques court-termistes, « une logique de rustine, destructrice de la confiance ». Résultat, « la boussole s’affole », il est donc impératif pour France BURGY de travailler sur sa stabilisation et sur la robustesse de nos systèmes, une invitation pour les cadres dirigeants à s’appuyer sur 5 grands principes,

– la clarification de leurs propres valeurs et de leurs engagements, ce qui signifie être au clair sur ses valeurs, son éthique, notamment par rapport aux connaissances scientifiques

– le pari, celui que la durabilité est importante pour maintenir la cohésion, ce qui signifie de conserver une espérance sur ce en quoi nous croyons

– S’accrocher au faire, ce qui renvoie à la notion d’expérimentation et à ce que produit ce que nous sommes en capacité de faire, collectivement et individuellement

– Apprendre à résister, un principe que l’on a progressivement oublié après 1945, comment faire avec des mouvements qui suscitent la colère, ce qui pose la question de sa propre vulnérabilité en tant que cadre dirigeant

– Être plus performant sur la coopération, ce qui signifie développer son intelligence émotionnelle et relationnelle et donc de réinventer la position de leadership et pour cela France BURGY n’hésite pas à en appeler à un travail à mener à tous les niveaux de l’organisation, ce qui passe par plus d’horizontalité et de l’ancrage.

Dans la 2ème partie de son intervention France BURGY insiste sur la question du rapport au temps dans la gouvernance des collectivités territoriales, marquée pendant longtemps par une synchronisation entre le projet d’administration avec celui du mandat. Aujourd’hui, il faut être capable de développer de nouveaux modes de travail, c’est à dire, être capable de faire du court terme et d’alimenter la demande des citoyens, pour pouvoir développer ensuite une « patience stratégique du long terme ». Elle rappelle que la bifurcation n’est pas gagnant/gagnant sur le court terme, il y aura des perdants, donc de la colère, à laquelle il faudra répondre « sans sortir le carnet de chèques », avec cette question qui taraude tous les managers territoriaux : comment faire pour embarquer les équipes « dans l’adversité de la transformation ? ». Il faut aussi intégrer l’idée que la stratégie évoluera, qu’il faut donc réinterroger les domaines de compétences, trouver la bonne focale en fonction du problème à traiter, cela implique une nouvelle compétence du dirigeant qui est « d’apprendre à savoir perdre le leadership et à oublier son égo ! Et « développer la posture de leader contributif ». Ce même égo qui est le témoin d’une fragilité, la peur de l’autre, pour cela une seule solution, « cultiver la curiosité de l’autre, l’altérité ».

Pour conclure, France BURGY invite les équipes de Direction Générale à engager dans les projets de transformations, toutes les équipes dans des stratégie d’alliances, ce qui suppose une encapacitation de toutes et tous, quelle que soit la mission assurée au quotidien, en n’oublions pas les agents de la première ligne, celles et ceux qui sont au contact des usagers/citoyens.

Une intervention brillante, stimulante à laquelle a répondu en écho celle d’un expert du recrutement de cadres dirigeants, Florent NOULETTE, Consultant Sénior au Cabinet Fursac-Ancelin interrogé du point de vue du recruteur, sur ce qu’il perçoit des évolutions en cours dans les profils et les fiches de poste des cadres dirigeants acteurs de la bifurcation. En préambule de son intervention, il exprime une réserve sur la notion de manager « engagé », lui préférant celle de manager « incarné », dans le sens 1er du terme, ce qui implique un positionnement plus affirmé des managers qui doivent ensuite tracer le chemin et assumer d’avoir un rôle plein net entier aux côtés des élus. Il insiste également sur la question de l’adéquation, une véritable correspondance, entre ses modes de fonctionnement, ses motivations et ce qui lui sera demandé, en soulignant les spécificités des recrutements dans des contextes incertains, qui ne nécessiteront pas les mêmes compétences et attentes.

Il conclut en confirmant que les fiches de postes des cadres dirigeants ont évolué y compris dans les intitulés des fiches de postes, précisément pour incarner davantage les missions et les périmètres d’intervention du dirigeant en lien direct avec le projet politique de la collectivité. Il cite en exemple le poste de DGA délégué aux Petits et petites marseillaises, créé à la Ville de Marseille.

Conclusion de la table ronde par Annie BARTOLI :

Annie BARTOLI dans sa conclusion revient sur la notion de « manager engagé », en rappelant que l’engagement ne peut jamais être réduit à des qualités individuelles de savoir-être ou de savoir-faire, qu’il n’est pas non plus le fruit d’un parcours individuel, mais qu’il s’inscrit toujours dans un contexte professionnel. Elle cite pour cela les nombreux travaux de recherche sur l’engagement et notamment la théorie du « Person Organization Fit » qui portent sur l’adéquation entre les valeurs portées par une organisation et la personne, ce qui implique qu’il doit y avoir une congruence entre l’engagement individuel et l’organisation, l’engagement ne peut pas se faire contre, ou à côté de l’organisation, ce qui implique de revoir les processus de management : une stratégie claire, des dispositifs d’animation et des signaux envoyés par la gouvernance. La bifurcation, c’est plus que de l’amélioration continue, ce n’est pas seulement savoir se projeter, cela nécessite d’identifier la manière de faire, le défi c’est bien la mise en œuvre !

Au final, comme le dit très bien Annie BARTOLI en s’inspirant de la très belle chanson de Francis CABREL, le métier du manager de la bifurcation c’est : « encore et encore, c’est que le début d’accord », une métaphore qui m’a inspirée cette réflexion : la raison d’être du manager public territorial, c’est d’être toujours en résonance avec les évolutions de la société et quand il s’agit de bifurcation, comme semble nous y inviter la nouvelle donne écologique, le dirigeant territorial doit aussi embrasser cette bifurcation.

3ème table ronde : « Comment on embarque les acteurs du territoire (culture, éducation, société) ? »

Une fois que l’on a posé le constat des vulnérabilités des territoires, et de la soutenabilité des modèles de développement, que l’on a identifié le rôle des managers territoriaux pour accompagner cette bifurcation, que l’on a même dressé le portrait-robot du manager qui embrasse cette bifurcation, comment faire concrètement pour embarquer tout le monde ? Ce fut donc le thème de cette troisième et dernière table ronde de la journée, réunissant des faiseurs de bifurcations dans les territoires.

5 intervenants de grande qualité, tous des hommes, sans doute le petit bémol habilement relevé par Hugues PERINEL, car nous savons bien que sans une représentation équilibrée dans les tribunes, il est difficile de faire progresser les enjeux de parité, dont nous sommes toutes et tous les garants en tant que manager public.

Premier à intervenir, Antoine CHARLOT, Directeur général du Comité 21, Vice -président du CESER de la Région des Pays de la Loire, Secrétaire général du GIEC Pays de la Loire, dresse un tableau des crises, de plus en plus enchevêtrées les unes aux autres, avec des impacts socio-économiques (exemple 49 millions de dégâts assurantiels en 2025 pour la seule Région des Pays de la Loire), mais aussi des impacts sur la santé. Un monde également de plus en plus globalisé, pour preuve, les impacts de la guerre en Ukraine sur la crise énergétique qu’a connue l’Europe, un monde également de plus en plus spécialisée à l’échelle mondiale, mais aussi locale, tout cela entraînant des effets dominos, une crise en entraînant une autre et il est bien difficile dans tout cela d’identifier la part réelle des différents acteurs dans l’augmentation des gaz à effets de serres. Antoine CHARLOT est revenu dans son intervention sur la question de la connaissance, de manière à disposer d’une culture commune avant même la phase de la mise en récit, il s’agit d’un enjeu d’objectivation mené notamment par les GREC (Groupement Régional d’Experts sur le Climat), dont les travaux permettent de croiser les sciences physiques du climat avec les données socio-économiques. Il pose également la question du dialogue avec les corps intermédiaires et de la nécessité de croiser les indicateurs pour en tester la robustesse, avec par exemple la méthodologie de la boussole de la résilience territoriale proposée par le CEREMA, un document disponible en téléchargement ICI

Julian PERDRIGEAT, Directeur de la Fabrique des Transitions est revenu brièvement sur l’expérience réussie de la métamorphose de LOOS-EN-GOHELLE, située au cœur du bassin minier et qui s’est lancée il y a déjà une vingtaine d’années dans une stratégie de bifurcation, menée par son Maire emblématique Jean-François CARON. Il rappelle que l’expérience s’est appuyée sur un programme de l’ADEME, qui a reconnu la commune « démonstrateur national de la conduite du changement vers la ville durable », ce qui lui a permis de bénéficier de financements. Pour plus d’informations, le site de la commune présente de manière détaillée cette expérience réussie. La question qui s’est alors posée était de savoir si cette méthode adaptée au territoire loossois était reproductible dans d’autres territoires. Les membres de La Fabrique des Transitions  se sont mis en lien avec d’autres territoires dans l’objectif d’identifier les invariants qui fonctionnent pour mener des projets de conduite du changement. Julian PERDRIGEAT présente le projet des « 4 fantastiques des territoires en transition » élus, agents des collectivités territoriales, acteurs socio-économiques et agents de l’État, tous coproducteurs et coresponsables des territoires en transition. Une synthèse des travaux est disponible ICI .

En écho à l’intervention de Julian PERDRIGEAT, Thibaud GRIESSINGER, Directeur du Laboratoire des déviations « laboratoire de recherche indépendant, nous développons, testons et théorisons de nouvelles méthodologies de conduite du changement collectif, favorisant l’émergence de coopérations par anticipation dans les territoires », a présenté une méthodologie de mise en récit  des transformations pour accompagner les dynamiques de changement, en s’appuyant pour cela sur quelques expériences concrètes et à partir des approches du design pour créer de nouvelles formes de coopération. L’objectif des travaux de ce laboratoire de recherche action est « de mettre en enquêtes les agents et les élus ».

Stephan GIRAUD, Directeur du Programme sciences comportementales à la DITP, s’est attaché à présenter l’apport des sciences comportementales dans la transformation des politiques publiques, fondées sur l’expérimentation, l’idée étant de « faire les choses avec les gens, citoyens, usagers et agents ». Stephan GIRAUD, témoigne que le système mis en place en application d’une décision de bifurcation (ou de transformation) peut être brillant, mais inefficace si les citoyens concernés ne l’ont pas compris. Il faut donc faire de la pédagogie, mais ce n’est pas suffisant: Il a rappelé qu’il doit, pour changer les choses, être acceptable, donc adapté aux besoins, aux attentes, au comportement des intéressés; de ce point de vue, les actions de prévention sont importantes.

Dernier intervenant de cette table ronde très riche, Rémi FABBRI, Directeur Internationale de la Croix Rouge Luxembourgeoise, ingénieur de formation et dont le parcours l’a amené à s’intéresser à la « construction de sens commun dans les organisations ». Il est revenu sur différentes expériences qu’il a menées pour la Croix Rouge, au sein de plusieurs pays en Afrique, mais aussi au  Népal et en Ukraine, sur des programmes de construction d’habitats en s’appuyant sur les savoir-faire des populations locales. Il fonde son approche sur la nécessité pour embarquer tout le monde, de créer du sens commun, cela commence par identifier avec la population, les critères de vulnérabilité et seulement après, il est possible de déployer une aide, mais aussi de l’accompagner et de l’évaluer au fil du temps. Dans son intervention, il fait référence aux travaux de Karl E. WEICK sur le Le Sense Making ou construction de sens « qui est le processus par lequel des individus donnent du sens à une expérience. Il a été défini comme « le développement rétrospectif et continu d’images plausibles qui rationalisent ce que les gens font » selon la définition de Wikipédia. Cela suppose dans la méthodologie d’identifier le but commun d’une organisation, de se mettre d’accord dessus, puis ensuite de réfléchir à ce que l’on veut changer, pour aller vers où et ensuite seulement de définir le comment on y va. Il insiste sur la nécessité de trouver les causes primaires d’un problème et de travailler ensemble, ce qui demande beaucoup d’investissement au départ, alors que bien souvent les projets de changement s’intéressent d’abord au comment.

Une expérience est ressortie dans plusieurs échanges, celle de l’expérimentation « Désirs d’ Habiter », lancée par le Pôle Métropolitain Nantes Saint Nazaire dont l’objectif est de réfléchir aux trajectoires résidentielles en s’appuyant sur 4 communes du Pole et sur l’expertise d’une équipe de chercheurs en sciences sociales, une façon de rappeler le rôle des sciences sociales dans la bifurcation écologique, économique et sociale. L’expérience s’est basée sur des enquêtes sensibles afin de comprendre les aspirations réelles, intimes des habitants et les alternatives possibles.

Le difficile exercice de conclusion d’une journée particulièrement riche est revenu du duo formé par Christelle PERRIN, Professeure des Universités à l’université de Reims et qui a été durant plusieurs années, Maîtresse de Conférence à l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines au son du Laboratoire dirigée par Annie BARTOLI, c’est donc une fidèle des Symposium ! Et Bruno PAULMIER, Président de l’Adt-INET, qui a été à l’initiative de ce 6ème Symposium, grâce à ses talents de fédérateur des énergies au service de la transition écologique et de la transformation des organisations qui doit l’accompagner.

Christelle PERRIN a insisté sur la nécessité de travailler sur les interdépendances identifiées tout au long de la journée, rappelant que l’action appelle la complexité, que le manager public occupe de plus en plus un rôle de traducteur, voire de compagnonnage, qu’il développe sa capacité « de faire à l’envers », ce qui implique parfois de partir des échecs, de savoir abandonner aussi et enfin de questionner l’égo du cadre dirigeant, en citant l’ouvrage best-seller de Ryan HOLIDAY « l’ennemi est l’égo », préférant parler d’une « gouvernance partenariale, passer des parties prenantes aux parties constituantes », ce qui signifie mettre les problématiques à l’intérieur de l’organisation, comme peuvent le faire les entreprises à mission.

Dans sa conclusion, Bruno PAULMIER revient sur les ODD (Objectifs de Développement Durable) qui répondent aux besoins fondamentaux des êtres humains, rappelant que tout le monde sur cette planète a le droit de l’habiter, petit clin d’œil mondialiste d’actualité, alors que l’institution de l’ONU est remise en cause. Il rappelle que l’outillage c’est aussi important, car il faut être capable d’étayer, mais aussi d’évaluer et la formation tout au long de la vie est un pilier de nos organisations territoriales. A quelques semaines d’une échéance électorale importante, il tire un « coup de chapeau à l’engagement citoyen des élus et des candidats », en y intégrant le couple élus-cadres dirigeants, indissociable. Dans ce contexte, comment incarner, sans aller jusqu’au sacrifice ? Il en appelle à l’intelligence, à la science pour insuffler de la confiance, mais aussi à débattre sur les renoncements. Pour cela, il est indispensable de « travailler à renforcer nos défenses immunitaires pour lutter contre les forces obscures et occultes ».

Le Symposium se termine sur ces mots qui redonnent de l’énergie pour affronter les tempêtes et les bourrasques, relever les défis de la bifurcation, en attendant de se retrouver, nous l’espérons toutes et tous, pour un 7ème Symposium de l’Adt-INET et du LAREQUOI.