S’adapter pour (sur)vivre : retour sur un colloque du Comité 21 sur l’adaptation aux changements climatiques

Ce colloque a réuni le 26 février 2020 plusieurs centaines de personnes, praticiens, élus, entrepreneurs étudiants, tous soucieux de l’urgence écologique. Un colloque qui a dégagé une forte énergie. Un colloque qui s’est beaucoup centré sur la méthodologie de la transformation. Après les constats,  comprenons nos modes de fonctionnement pour mieux évoluer et nous mettre en capacité d’agir. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres mais gageons que ce type de rencontres contribue à une prise de conscience collective. Retour sur quelques moments de cet événement. 

Elisabeth BORNE, Ministre de la transition écologique et solidaire a mis en exergue les travaux de la nouvelle agence de cohésion des territoires et du conseil de défense écologique face aux enjeux climatiques. Inondations, recul du littoral, impacts négatifs sur la biodiversité ont servi d’exemples pour illustrer deux axes majeurs de préoccupations : accélérons et valorisons la transversalité. Il faut tirer toutes les conséquences du dérèglement climatique dans toutes les politiques publiques. Education, agriculture, sécurité civile, intérieur, santé, travail… : tous ces ministères doivent, sous l’impulsion du ministère de la transition écologique, faire cause commune.

Deuxième élément clé : créer une culture commune de l’adaptation.

Tel est le message de Sarah SCHÖNFELD Directrice de l’Etablissement National Comité 21 sous la houlette de sa Présidente Bettina LAVILLE. L’adaptation suppose de raisonner autrement, de développer les analyses éco systémiques pour mieux appréhender toutes les interactions dans des enjeux complexes. Une approche adoptée par Ronan DANTEC et Jean-Yves ROUX dans leur rapport d’information fait au nom de la Délégation sénatoriale à la prospective en mai 2019 : « Adapter la France aux dérèglements climatiques à l’horizon 2050 : urgence déclarée ». Brisons les silos : l’adaptation sera intersectorielle ou ne sera pas.

Comment faire évoluer les comportements ? Saasi LAHLOU est professeur de psychologie sociale au Département des sciences psychologiques et comportementales de la London School of Economics. Il nous alerte sur le fait que nous sommes conditionnés par une série d’ »installations » qui nous permettent de produire nos activités tant techniques que sociales et guident nos comportements : le bâti, les transports, l’éducation,…Et que nous « déboucler » de nos déterminants suppose des actions concertées localement , interdisciplinaires, intersectorielles.

Magali REGHEZZA-ZITT , Maître de conférences, Directrice des Etudes du département de géographie de l’Ecole Normale Supérieure, nous invite à changer de temporalité. Il convient de s’approprier le sujet car le changement climatique, en dehors de certains désordres météorologiques, ne se voit pas vraiment. Il faut donc travailler sur la perception et la représentation des risques. Il convient de prendre en compte ensuite la notion d’acceptabilité. L’adaptation suppose un coût social, sociologique, environnemental et doit faire partie intégrante d’un projet politique, d’un projet de société. Bien souvent, on substitue à l’argument du choix celui de l’urgence. Mais il faut instaurer une capacité à débattre et il s’agit là d’un enjeu mobilisateur pour les territoires. Restera ensuite à articuler les initiatives locales au plan national.

Bien des initiatives voient le jour. Qu’il s’agisse des grandes entreprises, dont certaines, pour de vrai, dans le cadre de la soft law mènent des actions qui dépassent le seul enjeu du « green washing ».  Veolia, à titre d’exemple,  au centre des politiques de l’eau, des déchets et de l’énergie, tente de produire en respectant les ressources, en créant des boucles d’économie circulaire notamment dans la gestion des eaux usées pour alimenter les entreprises dans les pays où la ressource en eau est rare. La reconstruction de la Nouvelle Orléans après le cyclone Catrina en 2005, sans réflexion à long terme, a  conduit à une exclusion des populations les plus pauvres, une réartificialisation de la nature et à une réinstallation sur des zones à risques.

Blandine DELAPORTE, vice-présidente du Conseil Départemental de la Nièvre, en charge du développement durable, environnement et dialogue citoyen  avec l’appui d’Acclima terra, comité scientifique régional sur le changement climatique (Aquitaine) a commandité un rapport de vulnérabilité pour faire de la Nièvre un territoire résilient.

Résilience que Christian CLOT, spécialiste des milieux extrêmes a estimé être le premier stade de la mise en mouvement de nos capacités cognitives pour intégrer l’accélération des transformations. Suit une période de stabilisation, d’homéostasie avant que ne germent des actions d’influence sur le futur et des mesures d’anticipation. Une résilience qui doit nous permettre de procéder à des politiques d’atténuation (réduction des GES) avant que nous ne puissions transformer nos politiques d’intervention, nos comportements individuels et arriver au processus de transformation nécessaire pour préserver la planète.

Mais pour cela, il faut faire un saut scalaire et s’attaquer à ce qu’Arnaud LEROY, Président de l’ADEME qualifie d’impensé politique.

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